Le fonds souverain norvégien vers une gestion éthique plus réactive

2268963235_4d0535d082.jpgLe Government Pension Fund Global (GPFG), fonds souverain norvégien, le plus important du monde avec près de 600 milliards d’euros d’investissement, pourrait connaître un changement majeur dans les prochains mois, et ce afin d’accélérer des prises de décision jugées trop lentes.

Selon un rapport du ministère des finances norvégien rendu public lundi 11 novembre, la responsabilité d’exclure certaines entreprises (une soixantaine aujourd’hui, dont EADS, Boeing ou Walmart) ou même des pans entiers de certaines industries (armes nucléaires, tabac…), aujourd’hui dévolue au ministère des finances, devrait revenir à la banque centrale norvégienne, qui s’occupe déjà de la gestion du fonds.

Le GPFG, qui tire ses ressources des confortables revenus pétroliers du pays, prend en effet trop de temps pour sélectionner ses investissements, estime le gouvernement. Par exemple, la décision, sur recommandation du comité d’éthique, en 2010, de retirer l’entreprise chinoise Petrochina du panel d’investissements à cause d’atteintes aux droits de l’homme au Soudan et en Birmanie, a pris plus de dix-huit mois, pour ne pas aboutir, le gouvernement s’étant finalement opposé à une telle mesure, quelques mois après l’attribution – controversée en Chine – du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo.

Pour plusieurs observateurs, la banque centrale est le bras droit du gouvernement et le comité fait figure, tant qu’il n’est pas totalement rattaché à elle, d’organe indépendant. « Un comité d’éthique moins indépendant conduirait à davantage de conservatisme, c’est-à-dire à moins d’exclusions », a confié Oeystein Doerum, chef économiste de la banque DNB Markets à Reuters.

Des organisations non gouvernementales se sont également élevées contre la proposition de renforcer le pouvoir de la banque centrale face au comité d’éthique : elles craignent une diminution de la transparence et de l’ouverture qui pourraient en découler.

Actuellement, un intense débat anime les sphères du pouvoir à Oslo, qui touche à la nécessité d’exclure les producteurs de charbon, comme le suggère le parti de gauche, qui dénonce la pollution dont l’industrie est responsable. Un tel désinvestissement pourrait placer le gouvernement en porte-à-faux vis-à-vis de pays comme l’Australie, la Chine ou de grandes entreprises minières comme Glencore et Rio Tinto. Sans compter que le pays détient lui-même une mine de charbon et une centrale dans l’Arctique.

« RENFORCER SA LÉGITIMITÉ »

Le comité d’éthique, institué en 2004, est composé de cinq membres, deux hommes et fdstrois femmes, professeurs de droit et d’économie, avocat ou chef d’entreprise. En 2005, la banque centrale avait engagé un philosophe chrétien, conservateur et féru de morale classique, Henrik Syse, pour réfléchir à la façon dont, tout en gardant un objectif de rentabilité à long terme, elle peut exercer un droit de vote le plus éthique possible aux assemblées générales des entreprises dont elle détient des parts.

Ce changement d’organisation interne devrait permettre au fonds, d’après le rapport, de rester « à la pointe de l’investissement responsable » ainsi que de « renforcer sa légitimité au sein de la population norvégienne et des investisseurs ». Les Norvégiens sont les premiers concernés par les choix de GPFG puisque la quasi-totalité des bénéfices publics de la rente pétrolière y sont gérés depuis 1990.

La présentation du rapport annuel du fonds au Parlement au printemps 2014 devrait permettre de savoir si le gouvernement tranchera en faveur d’une plus grande homogénéité et de pouvoirs augmentés pour la banque centrale, ou en faveur d’un statu quo, laissant au comité d’éthique la force d’une voix indépendante sur les choix d’investissement du royaume scandinave.

Source: Le Monde.fr

Stéphane Mukkaden

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