Réunion publique à l’Institut Français d’Oslo, Questions au Député Premat

20141001_182646L’assemblée présente a interpellé M. Le Député suite à son intervention sur les thématiques abordées, mais aussi sur quelques autres sujets.

L’intégralité de la session de questions libres a été retranscrite ici :

Question 1 : Votre rôle, votre mandat, même si l’idée d’avoir au parlement un représentant des FLE me plait, je m’interroge sur la légitimité, l’efficacité de votre rôle pour plusieurs raisons. Dans quelles mesures les députés des FLE, pour des considérations logistiques sont-ils représentatifs des FLE, est ce que le processus démocratique est vraiment un processus efficace où tout le monde peut s’exprimer ? Votre rôle se concentre sur les gens qui vivent en France finalement ?

Christophe Premat : « La légitimité c’est le vote. Il y a eu des élections, même si la participation a été moindre, mais la légitimité vient du vote. Il y a un rôle à construire. Soit on est le représentant des FLE et on traduit uniquement les problématiques des FLE au Parlement soit on construit son rôle en s’inspirant de l’expérience des FLE, pour contribuer à l ‘écriture de la loi pour l’ensemble des français. C’est une question qui se pose aussi aux députes en France. Il faut arriver à trouver la jonction. Le regard des communautés expatriées est fondamental pour faire évoluer certaines pratiques. »

Q2 : Votre rôle est-il celui d’être VRP de la France pendant votre mandature, à savoir vers les norvégiens, suédois, islandais, promouvoir la France ?

Ch. P. : « La Francophonie du Nord est un nom pour donner une vision de ce que je fais.  Par exemple, elle a un rôle dans ce qui est de l’éducation, notamment sur le bilinguisme… »  « Si l’on forme des bilingues, on forme des ponts solides pour plusieurs générations. Ça a donc un impact sur les relations culturelles, économiques, commerciales entre les pays. C’est un exemple concret de comment concrétiser la francophonie du nord à partir du bilinguisme. »

Q3 : Concrètement, supposons qu’il y est une entreprise française ayant un problème avec l’autorité norvégienne ou suédoise, votre rôle sera-t-il de les appuyer, les aider ?

Ch. P. : « C’est le rôle des ambassades. On peut appuyer sur des choses plus politiques, appuyer l’ambassade ou donner un coup de main.  »

Q4 : La France a aujourd’hui beaucoup de dettes, quelles sont les réformes, où fixe-t-on la limite, 100%, 120%, 200% voire 300%, alors qu’il n’y aura plus de croissance, qu’elle ne reviendra plus ?

Ch. P. : «  On aimerait que la tendance s’inverse, ce qui n’est pas le cas. C’est très paradoxal, la situation dans laquelle est le pays est difficile, car il y a un aspect très compliqué : baser tout sur la croissance peut-être dangereux. On attend la croissance, on a le pacte de responsabilité, mais même s’il y avait la croissance, il n’est pas sur que cela favoriserait l’emploi ou la diminution de la dette puisque l’on emprunte a des taux bas. Si les taux s’envolent avec la croissance, on n’a pas résolu le problème de la dette. Il y a des effets pervers auxquels il faut penser sur des échelles différentes, du coup, ce qu’il faut essayer de bien déterminer les secteurs d’avenir et y investir, pas simplement en terme d’économie mais aussi en terme de formation, pour avoir des gens qui vont plus tard relayer cela. On est sur une loi de transition énergétique. Il faut identifier les secteurs forts de la France. La problématique autour de la mixité des énergies i.e. de ne pas abandonner directement le nucléaire, qui est une énergie dangereuse mais pas forcément plus sale que d’autres comme les énergies fossiles, et trouver donc une mixité des énergies pour essayer de porter une relative indépendance énergétique qui pourrait essayer de réinvestir une croissance sectorielle. »

Q5 : La Suède avait cette situation dans les années où elle avait 57% de son activité économique générée par l’état, mais aujourd’hui elle est autour de 48 ?

Ch. P. : « Oui, mais ça dépend comment on le fait. On ne pourra pas le faire de la même facon, car ça a été radical. La Suède est un pays doux en apparence, mais qui a fait des reformes très radicales qui ont fait très, très mal. Les retraites par exemple, malgré de bonnes négociations, ont été divisées par deux. En France, on ne peut pas le faire de cette manière la…» «  De toute façon, c’est mathématique, on ne peut avoir une croissance de 2% sur 150ans. Il y a des phases avec des pays qui peuvent avoir des croissances fortes mais qui retombent vite, il faut donc essayer de comprendre cela. On n’en le dit pas assez, mais les mesures prises, leurs effets sont difficiles à évaluer. Ça devient du débat politique. Il y a en tout cas, une piste privilégiée, avec le CICE, où l’on cherche sur certains secteurs, à muscler l’offre. Mais on ne peut être sur une dialectique « baisse des charges » d’un cote, et de l’autre, dire il faut absolument revaloriser le pouvoir d’achat. Ça va au-delà de cela. Pour vous expliquer le débat actuel, et anticiper. C’est vraiment la politique énergétique qui peut être le socle de l’économie de demain. »

« La fiscalité est un souci, pour essayer de retrouver des marges. La lutte contre l’exil fiscal a quand même rapporté de l’argent cette année. Apres il y a la dette et les taux d’intérêt de la dette qui s’agrandit a chaque fois. Les gouvernements de droite comme de gauche ont laissé filer des déficits importants. Il y a le poids de la réforme de l’Etat. »

Q6 : Une réponse par rapport à l’exil fiscal, on a en Norvège, le Volter Registret, où toutes les banques norvégiennes rapportent à l’état norvégien, toutes les transactions qui sont effectuées vers l’étranger, au-dessus d’un certain montant. La police, les douanes, NAV y a accès. En France on met toujours en avant qu’il est difficile de savoir ce qui se passe en Suisse, en Belgique ou ailleurs, la on saurait ce qui sort de France.

Ch. P. : « L’UE s’est amélioré là-dessus. On peut maintenant tracer plus facilement les transactions financières. En France, on a depuis le mois d’aout les transferts SEPA, qui permettent aux transferts internationaux d’être plus lisible. Il y a donc une meilleure coopération bancaire même avec des pays comme le Luxembourg. L’Europe apporte donc plus de lisibilité là-dessus. C’est très paradoxal dans la crise, ou l’on a un moment d’Europe des nations, de retour sur soi-même, de rejet de l’Europe et de l’autre ou il y a des mécanismes fédéralistes qui se mettent en place. D’où le role de la banque centrale européenne, qui en fait commence a avoir un rôle de régulation, et des coopérations qui se mettent en place, une traçabilité plus importante.  »

 

Q7 : On ne communique pas sur la finalité de l’impôt, car les services publics, les hôpitaux à proximité, etc. ?

 

Ch. P. : « C’est vrai, la pédagogie de l’impôt c’est important…  » « Ce qui fait la force d’une nation, c’est la puissance publique, i.e. la contribution de la puissance publique, et une exigence de services publiques de qualités. Dans certains pays, on le fait. Les pays nordiques ont une relative meilleure gestion de la puissance publique, relative car il y a aussi beaucoup de contrôles en France. »

 

Q8 : Beaucoup de chose se jouent à Bruxelles. On a l’impression que l’on ne peut pas avoir un débat de fond sur la construction européenne, que c’est un peu tabou. Ça profité notamment au FN. On voit qu’en Europe, il y a eu un grand mouvement des partis populistes, qui risquent de bloquer la construction européenne. Qu’en pensez-vous ?

 

Ch. P. : « On peut en parler. On a eu un grand referendum en 2005 la dessus, qui a été l’occasion d’un grand débat. Ça n’est peut-être pas allé dans le sens espéré. C’était il y a 10 ans, c’est vrai. Il y a eu les élections 2009 et 2014, il y a un rejet de beaucoup de choses, des politiques, il y a une crainte de l’avenir, il y a un déclassement social. C’est pour ca que le discours populiste a évolué dans beaucoup de pays. Que ce soit au Royaume-Uni, Suède ou autre, on est sur un rejet de l’Europe affreuse, libérale et donc on travaille davantage sur des thématiques sociales ce qui est à l’inverse des années 90 où l’extrême droite était davantage sur des thématiques ultra-libérales de marche, etc, avec l’immigration. Ils ont conservé l’immigration. »

 

 

 

Q9 : Est-ce que l’avenir de l’Europe, c’est le modèle allemand ?

 

Ch. P. : « Certainement pas. Les relations Franco-Allemandes sont très importantes pour l’Europe, mais l’Europe n’est pas l’Allemagne actuelle. Les relations franco-allemandes sont au cœur de la construction européenne. L’Allemagne a un rôle important, mais il y a tous les pays de l’Est, ça n’est pas le modèle d’un pays plus qu’un autre qui va prévaloir, c’est plutôt un espace de compromis. »

 

Q10 : Vous venez de Suède, nous de Norvège, et les pays scandinaves sont bien plus intégrés que l’Europe. Il y a une tentative de mettre en commun une ANPE entre la France et l’Allemagne, et il est prévu 2 ans pour mettre cela en place. Alors que lorsque vous allez prendre un café à Oslo, la personne en face vous parle en Suédois, vous lui répondez en Norvégien, il y a une coopération, les impôts passent d’un pays a un autre facilement. Il y a une compréhension linguistique entre les pays scandinaves, alors qu’il y a peu de français parlant allemand et vice versa. Vous en tant que suédois  de l’Assemblée Nationale, ne pouvez-vous pas montrer comment se comporte les pays scandinaves ? Lors des élections législatives en Suède, les partis sont venus faire campagne à Oslo car les Suédois sont ici. Ça serait amusant de voir Marine Le Pen en Allemagne, « votez FN »

 

Ch. P. : « C’est difficilement comparable, car il y a une zone de coopération historique entre les pays Scandinaves. Ce sont des pays relativement homogènes. Mais ce sont aussi des pays qui se sont fait la guerre très longtemps. L’Europe est un miracle, la France et l’Allemagne se sont longtemps affrontés, il y a eu deux guerres mondiales. Les gestes symboliques, les relations économiques entre les 2 pays sont assez extraordinaires. »

« Le modèle est dans le dialogue. Il n’y a pas non plus de modèle nordique sans dialogue. »

 

Q11 : Les rapports Franco-Allemands : M Montebourg se battait pour que les postes d’Alstom restent en France, dans le même temps les syndicats allemands d’Alstom se battaient pour ne pas que les postes soient gardés en France, parce qu’ils étaient en fait des postes Allemands transferés en France. D’autre part, les taux de natalité nous montrent des perspectives différentes.

 

Ch. P. : « En effet, la roue tourne. Ça marche bien en Allemagne maintenant, mais ils ont fait des reformes qui sont dures. » « Il y a tout de même une évolution. On parle pour la première fois de smic européen, alors qu’il y a 3-4 ans, c’est inenvisageable. On parle de mutuelles européennes. Les medias n’investissent pas tellement ça, ils préfèrent les messages négatifs qui rentrent plus facilement. »

« Ca revient au message de la politique. C’est important que tous, vous puissiez participer au débat, ne pas vous sentir extérieurs.

 

Q12 : Que fait la France en Irak avec ses 6 avions, quelle est la finalité ?

 

Ch. P. : « La France pratique des frappes militaires sur Daesh actuellement.C’est compliqué. Apres les attaques chimiques en Syrie, il y a 2 ans, le Président a tenu à ce que l’on réfléchisse à la transition au Moyen-Orient, qui dure depuis plus de 10 ans. On a une époque de recomposition géopolitique du Moyen-Orient qui est sans précèdent. Il y a plusieurs problématiques. » « Le conflit au Mali était aussi justifié avec toute une zone au Sahel qui devient aussi hors contrôle depuis la chute du régime de Kadhafi. Il y a des dépenses de défense qui deviennent considérables, des conflits intenses. Ce sont des décisions courageuses. »

« En Syrie, on a laissé ce mouvement qui est devenu une nébuleuse qui s’étend de la zone Kurde pas très loin de l’Iran. On parle d’Etat Islamique ce qui est un mauvais terme, il s’agit de mouvements terroristes. Ca entretient la confusion avec le monde musulman. »« Le Président a été un des premiers à porter cela. On le peint comme quelqu’un qui ne prend pas de décisions, mais sur ces conflits, ce sont des décisions difficiles. C’est un conflit qui sera long et il faut construire la transition géopolitique avec le rôle de l’Iran, qui est un facteur de stabilisation, et la Turquie. »

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