Fantasmes

Graphique La gauche française est la garante des mythes de la révolution française: liberté, égalité, fraternité (« Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit… »). Elle a ainsi hérité de la raison, de l’histoire et de l’optimisme, c.à.d. de tout l’héritage des philosophes et du siècle des lumières. Super-romantique, on fantasme! Mais elle a aussi hérité partiellement des notions-clé du marxisme, l’aliénation et l’exploitation, ce qui ne fait pas fantasmer tout le monde. A noter que les verts ont repris ces deux notions, mais appliquées à l’écologie politique, et que dans ce cadre. elles permettent de fantasmer. La gauche, héritière aussi de mai 68? Probablement pas, les jeunes générations pensant qu’il s’agit d’une histoire de vieux.

A l’approche des élections ou juste après, tout dégénère sur la question des alliances (ou pas), des idées ou des personnes (les chefs ou pas). S’opposent alors les tendances, les obédiences (strictes ou pas), les mouvances, les écoles, les courants, les ailes gauches ou droites, les familles (politiques), les chapelles, les factions, les partis, les mouvements, les clubs, les fédérations, les ligues, ce qui provoque des dérives, des replis, des divisions, des scissions, des démissions, des trahisons, et des accusations de révisionnisme, d’immobilisme, de frigidité, d’aventurisme, de sectarisme, d’utopisme, d’entrisme, de défaitisme, etc. Ces différentes tendances/écoles/familles/etc se disputent l’audience des sympathisants et des électeurs, lesquels déplorent toutes ces divisions qui ne font pas la force, et dont profite « la droite la plus bête du monde ». Bref, comme on dit maintenant, « Que du bonheur! ».

L’histoire de la gauche française est ainsi marquée par des « querelles d’états-majors », chacun ayant ses convictions, des principes et des ambitions. On aura ainsi d’abord un socialisme libertaire, une extrême-gauche anarchiste, un socialisme « possibiliste », un socialisme révolutionnaire, un socialisme réformiste. Après la fondation en 1899 de l’Union socialiste en France, naîtront les socio-radicaux, les socialistes « maximalistes », libéraux, unitaires, indépendants, républicains, « classistes », progressistes, « mutuellistes » (mutualistes ou pruhommiens), collectivistes (bakouninistes ou jurassiens), communistes (marxistes), « communalistes » (autogestionnaires), etc.

En 1905, fusion du Parti socialiste français et du Parti socialiste de France, et création ainsi de la SFIO (section française de l’internationale ouvrière); en 1920, scission de la SFIO et création du Parti communiste (PCF); en 36, par contre, union sacrée du MRP, du PCF et de la SFIO pour « le Front populaire »; scission de la SFIO à nouveau en 1958 et création du Parti socialiste unifié (PSU) sur sa gauche. En 69, la SFIO devient le PS. En 89, le PSU s’auto-dissout. Au cours de cette période, de nombreux courants ou chapelles sont désignés par le nom de leur chef de file, de leur tête pensante, ou de leur idole: bordiguistes, trotskistes, mendésistes, lambertistes, chevènementistes, maoïstes, titistes, zappatistes, castristes, guevaristes, etc; ou par référence à des courants de pensée: situationnistes, spontanéistes, conseillistes, écosocialistes, Gauche unitaire, République et socialisme, Alternatifs, etc. Enfin, en 2009 est créé le Front de gauche. Pour compléter cette vague chronologie (sans plaques commémoratives), n’oublions pas la création de Les Verts en 1982, qui deviennent EELV en 2010, après quelques turbulences. On attend les premiers cohn-benditistes…

Et nous, dans tout ça ? Nous, c’est l’ADFEN, pas un parti mais une association politique. On garantit « Liberté, égalité, fraternité » en Norvège. Formidable! On aurait volontiers ajouté « écologié, ou, écologée » au slogan, mais aucun résultat chez Google –seulement pour « écologie », où l’importante rime en é manque. On a choisi de ne pas nous disputer parce qu’on n’est pas assez nombreux pour nous permettre des querelles d’états-majors, des lézardes, ou des scissions. Nous n’avons pas l’ambition d’ « ouvrir à l’humanité un horizon d’espérance » même si c’est probablement très beau. Donc, pas d’étiquette, on est seulement « de gauche ». Ce qui n’est pas possible: tout ce qui précède montre bien qu’il faudrait ajouter un adjectif pour préciser de quelle gauche il s’agit. Gauche fantasmée ? Ça va faire des mécontents qui trouveront qu’on devrait organiser un débat (de fond) pour choisir le bon adjectif …

Borgès: « Ecrivez ce qui vous plaira le mieux. Tout est intéressant, même les erreurs »

 

Pierre Lederlin

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