Début de campagne

        Début octobre 2019, je reçois dans ma boite un courriel de l’ASFE, organisme que je ne connais pas, qui précise : « Vous recevez ce courriel car vous êtes inscrit sur les listes électorales consulaires (actualisées chaque année). Les partis et groupements politiques peuvent en obtenir une copie. » Nous avons donc tous reçu ce courriel. L’ASFE est l’Alliance Solidaire des Français de l’Etranger, et explique dans son courriel qu’elle a un sénateur (en réalité, une femme). Ça y est, on commence à préparer les élections de 2020 ! Super ! Je rappelle au passage que 2020 est l’année des élections locales : municipales en France, en mars, et des conseillers consulaires à l’étranger, en mai. Une fois élus, ces ‘grands électeurs’ (maires et conseillers consulaires) éliront les sénateurs – dont les 12 sénateurs représentant les Français de l’étranger.
        Comme je suis un type curieux et que je n’avais jamais entendu parler de cette ‘alliance’, je vais voir de quoi il s’agit. Bien sûr, en lisant sur leur courriel que Mme « Evelyne Renaud-Garabedian est Sénateur », j’ai compris que cette ‘alliance’ représente des conservateurs, pour qui une sénatrice ne peut qu’être la femme d’un sénateur et qui trouve insupportable la féminisation des noms de métiers et des titres. Où va notre belle langue française ? Mais je ne sais pas encore si ces conservateurs-là représentent la droite ou l’extrême-droite, ni de qui ils sont solidaires (conservateurs, traditionalistes, salafistes, radicalisés ?). Je suis curieux.
        L’ASFE se présente ainsi sur son site : « L’Alliance Solidaire des Français de l’Etranger (ASFE) est un mouvement politique indépendant dédié aux Français de l’étranger. Ces Français ont des besoins et des aspirations légitimes et variés : l’école de leurs enfants, leurs retraites, la santé et la sécurité de leur famille… Nous pensons que nos intérêts ne sont pas suffisamment défendus en France, où pourtant les décisions prises continuent de nous affecter. Nous pensons que cela tient au fait que les Français de l’étranger ne sont pas suffisamment entendus ni compris, car non défendus dans une optique indépendante des partis politiques nationaux. Ces derniers ne voient souvent les Français de l’étranger que comme des réserves de voix, à mobiliser à la veille des élections. »
        En lisant cette prose, le comprends : L’ASFE veut se mobiliser pour ‘la France des oubliés’… Marine Le Pen s’est forgée politiquement sur cette « France des oubliés », dont elle s’érige en porte­-voix avec un certain succès. Politiquement, ces oubliés sont des Français qui se reconnaissent peu dans les catégories classiques. Ils se définissent moins ‘de gauche’, ‘de droite’, ‘du centre’, ‘progressistes’ ou ‘conservateurs’ que la moyenne des Français. Ils s’inté­ressent peu à la politique, et ils ont une forte défiance envers les responsables et les partis politiques. D’où l’intense besoin de ce « mouvement politique indépendant des partis politiques », que représente l’ASFE, parmi les Français de l’étranger.
        Comme il me semble que le Rassemblement National n’a pas de sénateurs, je vais le vérifier sur le site du sénat (senat.fr). Je ne me trompais pas : il n’y a pas de groupe politique RN, et le plus gros groupe est le groupe LR : 144 sénateurs avec les membres apparentés et rattachés. Je m’aperçois que sur le site du sénat, pour consulter la page ‘liste des Sénatrices’, il faut cliquer sur le lien ‘liste des femmes Sénateurs’ ! En tant qu’ancien prof de français, je sais que Sénateurs étant écrit avec une majuscule, ce ne peut être qu’un substantif (un nom) et que donc, ‘femmes’ est un simple adjectif. Mais le site du sénat n’indique pas si on doit dire et écrire ‘une’ ou ‘un’ femme Sénateur…Où va notre belle langue française ? Je poursuis un peu sur cette page, et fais un petit sondage. Quand elles sont inscrites sur un groupe à droite, les femmes s’y présentent comme ‘Sénateurs’ : elles sont donc androgynes (mi-hommes, mi-femmes) ou selon l’affreux néologisme, ‘non-genrées’. Mais inscrites sur un groupe à gauche, elles s’y présentent comme ‘Sénatrices’. Cela confirme bien mon intuition de départ. Et moi qui croyais qu’on était en 2019 ! Je dois rêver… Au fait, le Sénateur Evelyne R-G est rattaché(e) au groupe Les Républicains ; rattachement administratif, il(elle) n’est donc pas encarté(e) LR.
        Début de campagne électorale, donc, pour ‘nos élus de proximité’. L’UFE (Union des Français de l’étranger) va elle aussi bientôt partir en campagne, et affirmer une fois de plus qu’elle est une union apolitique, et qu’elle ne soutient aucun parti politique même si sur les 6 sénateurs qu’elle a fait élire, 5 sont LR et 1 est UDI. Rappelons qu’il y aura aussi en 2020 des élections municipales en France. D’après Le Monde et d’autres journaux, pour les municipales de 2020, les maires de droite redoutent les étiquettes. Après les faibles scores de LR aux européennes, nombre d’élus sortants ne revendiquent plus l’affiliation à leur parti et misent sur la carte locale : LR n’est pas une étiquette très porteuse, et beaucoup se présenteront sans étiquette, car, comme ils le disent : « Jusqu’à présent l’étiquette était un élément d’identification important vis-­à­-vis des électeurs. Aujourd’hui, les repè­res ont changé ». En d’autres termes, il vaut mieux brouiller les pistes et utiliser des paravents pour embrouiller les électeurs : pour être élus, avançons cachés !
        Dans cette campagne électorale de 2020, certaines listes de conseillers consulaires (ou municipaux) se présenteront donc comme sans étiquette, liste d’union, liste indépendante, liste conviviale, liste d’entraide, liste de défense des intérêts (légitimes), c.à.d. des listes faussement œcuméniques. Faussement, car il n’y a pas de groupe œcuménique au Sénat, comme chacun le sait. Cette campagne risque donc d’être une affligeante partie de cache-cache. Et on se plaindra ensuite une fois de plus du manque de participation de tous ceux qui n’ont ni envie ni le temps de jouer à cache-cache, à l’étranger, on regrettera le nombre élevé des abstentions de tous ceux qui n’ont pas envie de faire élire un(e) androgyne. A suivre…
        Dernière minute: je viens de recevoir un courriel de LRM où ils m’incitent à voter : « A vous de jouer ». Eux aussi se lancent. On sera bientôt au complet.
                Pierre

Convention fiscale France- Norvège

fdsOn peut lire sur une des pages du Ministère (MAE): « Renégociations en cours des conventions fiscales avec, en Europe, la Belgique, la Pologne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège et, hors Europe, la Zambie, le Malawi, l’Inde, Hong Kong, l’Angola. »

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Les héritiers

parcoursup-570x321         L’année scolaire 2017 a été marquée par le ‘scandale’ des admissions dans le supérieur: un tirage au sort pour entrer dans les nombreuses filières engorgées de l’université, et un taux d’échec excessif en 1ère année. Bref, le monde politique a découvert la grande misère de l’université française. Continuer la lecture de Les héritiers

Quartiers de noblesse

Il y a un an, à l’occasion de l’élection présidentielle, est ressortie l’expression « la société civile ». Ça a commencé avec Charlotte Marchandise, la rennaise qui a remporté Laprimaire.org. Mais elle n’a pas obtenu ensuite les 500 parrainages nécessaires pour se présenter. L’étiquète « société civile » s’est donc libérée, Macron s’en est emparé plus vite que Mélenchon, il l’a employée à tours de bras pour en faire son label, puis, pour les législatives, il a sorti « issu de la société civile ». Continuer la lecture de Quartiers de noblesse

Le concile de Rjukan n’a pas eu lieu

Fin octobre, le président de l’Assemblée nationale, M. Claude Bartolone, a déploré à propos de l’élection présidentielle à venir « un problème d’incarnation à gauche ». L’irruption du dogme chrétien de l’incarnation dans la campagne, à gauche, m’a fait rêver (et peut-être dérailler, à vous de juger). Continuer la lecture de Le concile de Rjukan n’a pas eu lieu