ABCD

Arroganse, arrogant
        Vient du latin via le français. C’est la définition même des Français dans l’imaginaire norvégien: les Français sont arrogants, contrairement aux Suisses, aux Italiens, aux Belges, aux Allemands, etc. Aussi, « Det burde være like lett å finne arrogante blærer i Frankrike som sand i Sahara » – selon un forum norvégien. Est-ce l’histoire de la paille et de la poutre ? Pas tout à fait, car il y a un abime entre l’autosatisfaction/la suffisance norvégienne (selvtilfredshet) qui est un état de ravissement, et l’arrogance qui est une attitude. Selon le dico, « arrogance = Prétention qui se manifeste par une insolence méprisante. Antonyme : affabilité, modestie. » Il est tentant de traduire par « arrogance », mais on ne tiendrait pas compte du fait que ce mot est beaucoup plus employé en norvégien qu’en français, ce qui dénote des différences de sens. Si on met à part l’association avec « riche » dans les deux langues (« l’arrogance des riches / une richesse arrogante »), on trouve en norvégien des associations comme maktarroganse, akademisk arroganse, å være politisk arrogant », etc qui sont peu usuelles en français, et qui s’appliquent à tous ceux qui sont sourds à vos arguments ou ne s’en soucient pas. En politique, on retrouve souvent le mot dans les discours populistes (les élites étant arrogantes par définition, comme les Français).
BUNAD
        Il parait que six Norvégiennes sur dix en ont une dans leur placard. Ces robes colorées sont sorties lors des grandes occasions, que ce soit la fête nationale du 17 mai ou une fête plus familiale. Nous n’avons pas trouvé de statistiques pour le costume des hommes (mannsbunad, herrebunad, mannsdrakt), mais on en voit beaucoup moins, et probablement moins d’un Norvégien sur dix en possède un.
        Ces costumes folkloriques de fête ont connu une renaissance il y a un siècle, et on a alors créé des normes régionales (couleurs, types de broderies et de coiffes, etc). Par ex., le costume bleu du Nordland a été créé et agréé en 1924 pour les hommes et en 1928 pour les femmes. D’autres, d’origine plus ancienne, comme raudtrøyebunad de l’est du Télémark ou Setersdalsdrakter de la vallée de Setersdal, ont été aussi normalisés assez récemment. Ces costumes coûtent très cher, et on ne peut les commander que dans certains magasins agréés.
        Le Français débarquant en Norvège trouve généralement cette coutume sympathique, mais se demande aussi pourquoi porter fièrement (arborer, s’exhiber dans) « et nasjonalromantisk symbol« . Il a probablement les mêmes réactions d’étonnement devant l’utilisation du drapeau national pour décorer des fêtes d’anniversaire… Comment peut-on être à ce point norvégien ?
        Dans les dictionnaires, pour bunad, on trouve « Costume traditionnel norvégien » (ce qui oublie l’aspect régional, et qu’il s’agit de créations souvent récentes), ou « Costume régional » (ce qui est meilleur, mais peut-être faudrait-il rajouter « de cérémonie »).
PS. Nasjonalromantikk: encore un mot difficile à comprendre et à traduire. Il s’agit du mouvement romantique local, un peu différent du romantisme ‘cosmopolite’ de l’Europe du sud. Souvent employé pour distinguer du simple « romantikk » –voir ce mot. Selon le cas, traduire soit par ‘romantisme’ (le plus souvent), soit par ‘romantisme national’, soit par ‘romantisme nationaliste’ (ce qui devient une interprétation très personnelle).

DUGNAD
        Selon Norsk Illustrert ordbok, l’équivalent de notre Petit Larousse illustré, ce mot signifie « frivillig og vederlagsfri innsats (av naboer, forrenings-medlemmer e.l.) for å få utført et bestemt arbeid« . Le dictionnaire norvégien-français du même éditeur (Kunnskapsforlaget) traduisait ce mot jusqu’en 2002 par « concours de voisins afin d’achever plus vite quelque besogne », ce qui montrait l’embarras du traducteur. Le grand dictionnaire (Stor norsk-fransk ordbok) propose de son côté: « Travail collectif volontaire ». D’autre part, si on écoute des conversations entre Français habitant en Norvège, on apprend que ce mot est féminin: « une dugnad« , que l’on habite dans la région d’Oslo, ou dans des région avec un dialecte marqué de la côte ouest. On entend par ex. « tu sais, la dugnad de demain, il faut qu’on y aille ».
        Ce mot serait-il intraduisible, cela n’existerait pas en France ? Non, évidemment, mais cette forme de « concours entre voisins » est classée par le Ministère de l’économie et des finances comme faisant partie de l’économie souterraine: selon les fonctionnaires de Bercy, « les services de voisinage » feraient partie des « activités productrices licites non déclarées », au même titre que le travail au noir! C’est peut-être pourquoi on n’en parle pas ouvertement en France… La dugnad norvégienne n’est pas seulement volontaire, elle est aussi obligatoire, et si on ne peut pas y participer, il faut souvent payer une amende. Aussi le mot français « corvée » correspond à la même réalité. Simplement, le norvégien décrit cette « besogne » de façon plus positive (volontaire) que le français qui insiste sur son aspect obligatoire. Leur bouteille à moitié pleine est pour nous à moitié vide. Dans le dictionnaire cité plus haut, on a bien l’entrée halvfull, mais pas d’entrée halvtom. Ne tirez pas de tout ceci la conclusion hâtive que les Norvégiens sont plus positifs que les Français. On n’entend pas souvent « la casserole est à moitié vide d’eau » en France !
        Pour terminer le tour du côté des dictionnaires français, le Petit Robert, après avoir insisté sur l’obligation (« être corvéable à merci ») pour le mot ‘corvée’, note l’acception régionale, canadienne: « Travail en commun, entre voisins ou amis, occasionnel et gratuit. Faire une corvée. » N’en tirez pas la conclusion hâtive que les Québécois sont plus portés sur le travail clandestin que les Français, SVP !
        Il faut enfin savoir que dugnad a été choisi comme étant le mot le plus norvégien (« kåret til Norges nasjonalordet, etterfulgt av ‘hæ’, ‘koselig’, og ‘matpakke ») par les auditeurs du programme « Typisk norsk » sur la NRK…
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