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KALDT
Ci-après, la réflexion d’un des membres de l’association: « on dit que l’individu qui a déposé ses valises sur un sol extérieur, pour moult années, « parle » la langue du cru et « comprend » la culture des ses nouveaux camarades. Je doute du pointu de l’analyse. Il faut se poser la question sur la validité de certains a priori affligeants du style « du moment que tu parles la langue, tu comprends et te fais comprendre », ou « de toute façon si tu tchatches l’anglais, tu te feras toujours comprendre », etc, etc. Or, il y a de fortes chances que ce soit un conseil mal calibré.
          On fait usage de l’expression « Aujourd’hui, il fait froid » (Det er kaldt i dag) en France et en Norvège, sans que cela pose un problème de compréhension majeure. Examinons, cependant, la dimension factuelle du propos. Pour cela, je voudrais vous faire part de mon modeste vécu.
      Ayant passé le tiers de ma vie à Cannes, je puis attester que la phrase « aujourd’hui, il fait froid » repose sur la fourchette de température +5 à +10 degrés Celsius et rien de moins. En dessous de +5, c’est proprement insensé, donc les mots nous manquent, nous sommes transis. La réaction au froid Cannois en général est : une densité accentuée de la peau de vison au m2 sur la Croisette, congés de maladie, et gros titres dans Nice-Matin du style « Vague de froid exceptionnelle – La manifestation pour le FN est reportée ».
      Éructer des phonèmes (à ce stade, les lèvres étant glacées, on fait surtout du ventriloquisme) « Det er kaldt i dag « , suppose une connaissance pertinente du froid et un respect du froid des autres. En effet une plainte sur le froid en Norvège, pour qu’elle soit jugée recevable, doit avoir établi que le thermomètre affiche au minimum -20º. C’est à Åndalsnes, bourg romsdalien sur la côte ouest, que j’ai eu la preuve de la différence notable entre +5 et -20. Oubliez vos moufles, et c’est vos doigts que vous laissez sur le capot du moteur qui ne démarre pas. La réaction sera alors de couvrir la peau de collants, d’affronter le froid malgré tout, et éventuellement d’équiper de chaînes les roues. Une véritable organisation (et une révolution culturelle pour un Cannois).
      Quand on sait qu’une variation de quelques degrés peut provoquer la désertification ou l’inondation de territoires immenses, quid des connotations évoluant autour de remarques anodines telles que « aujourd’hui, il fait froid » ? C’est bien le degré d’interprétation de la phrase qui est au cœur du dialogue. Essayons de transposer cet exemple dans tous les domaines possibles, et on verra que parler la langue de l’autre c’est seulement le début du commencement pour se comprendre. »

KOSELIG, en KOS, å KOSE, å KOSE SEG
Koselig est traduit par la plupart des dictionnaires par sympathique, charmant, agréable. Å kose est traduit par câliner, faire un câlin. En kosestund devient un moment agréable ou tendre. Et å kose seg est rendu par se faire plaisir, passer le temps agréablement. On peut penser que ces traductions passent à côté de la plaque, car elles ne différencient pas koselig de behagelig, trivelig, sjarmerende, hyggelig, ou que le choix de ces mots est indifférent, ce qui est absurde.
      Un Français entendant koselig a immédiatement à l’esprit l’image de la madeleine de Proust, c-à-d. un univers à la fois familial et chaud, petit-bourgeois et kitsch, ou un nid nostalgique, douillet et rétro-chic, ou, la chaleur du cocon familial. Å kose seg, c’est, comme Proust, tremper une madeleine dans sa tasse de thé.
      Dans des expressions très courantes: en kos foran peisen/koselig med peis (chaleur de la cheminée et nostalgie), lørdagskos/kosematen (souvent un plat simple et traditionnel – tacos – avec un bon vin et toujours des bougies allumées), kose seg med en god bok (pas seulement lire, et surtout pas un roman de Proust), en koselig hytte (chalet traditionnel, avec fenêtres à petits carreaux, ameublement un peu vieillot et bougies allumées sur la table), så koselig! (comme c’est chouette/sympa! )…
Pour un Français, ce que les Norvégiens qualifient de « koselig » est souvent (un peu) kitsch, ce qui ne rend pas le côté positif (pensé « chouette et chaud » par les N.), les F. n’ont pas le même rapport (l’obsession) que les N. ont pour les bougies, et il faut avoir vécu longtemps en Norvège avant d’employer spontanément koselig ou å kose seg. En d’autres termes, koselig est difficile à bien traduire.
Note: une membre de l’association a demandé une rectification: d’après elle, dans la réalité, Proust ne trempait pas une madeleine mais une biscotte dans sa tasse. Il a parlé de madeleine parce que ça faisait plus joli; et il est vrai que ça fait beaucoup plus koselig
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